Le-père refusant l’intrusion de la chanson française dans la maison ou la voiture, je ne connais finalement qu’Anne Sylvestre et son renard qui tousse, quelques tubes de mon pays chopés par hasard et des tas de hits anglo-saxons.
Cela n’a pas l’air très grave, hormis qu’un seul membre de la famille décide pour les autres sans possibilité de protestation, sauf que l’effet principal en est que je me trouve dans la plus absolue incapacité à chanter. Ce qui sort du transistor ou de l’autoradio.
Un soir, ça suscite en moi, faisant du yaourt, une réflexion sur l’éventualité de traduire.
Et surtout sur la méthode : je me convaincs qu’il suffit d’ouvrir un dictionnaire et de placer le mot correspondant à la même place que dans l’original. Facile. Logique. Complètement déconnecté de la réalité des langues — de ce qu’elles reflètent des modes de penser de leurs locuteurs. En gros, je ne sais pas que nous pouvions être étrangers.
Ce n’est pas un gros mot, c’est un fait. Pas grave du tout et même plutôt sexy, mais un fait tout de même. Un fait d’une telle importance que je me demande encore pourquoi personne ne pense à un moment ou un autre la chose.
Je crois que ça explique assez largement l’immaturité des gensses en généralement qu’a soudain révélée le réseau social. Nous n’avons jamais appris à nous considérer d’abord comme étrangers les uns aux autres et commencer toute communication par tenter de partager nos cultures individuelles. Nos usages des mots. Des concepts.
Tout le monde agit comme si tout cela ne possède qu’une et une seule vérité, et que, comme ils se sentent instruits, eh bien, c’est à l’autre de recevoir au mieux sa leçon, au pire son injure.
Soyons étrangers les uns aux autres et puis, seulement ensuite universalistes.
C’est un garçon qui massacre une chanson anglophone qui vous le dit. Écoutez.
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