Archeion

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ARCHEION [aʁ.ke.jɔ̃] — n. m. Du grec ἀρχεῖον (« lieu du pouvoir »). Configuration de l’enfance en ensemble d’archives intérieures, où les lieux, les événements et les affects se conservent sous forme de dossiers disjoints, marqués par l’autorité des cadres familiaux, scolaires ou architecturaux. Par extension : régime de mémoire dans lequel la vie intime adopte l’allure d’un fonds administré.

Mon enfance acquiert alors l’allure ordinaire et froide d’une boîte métallique, munie d’intercalaires. Chacun correspond à une année de classe. Me caler sur ce temps est de l’espèce d’un atavisme familial : mes chromosomes mangent et respirent de l’É.N à longueur de leur vie — bien qu’encore assez courte.

Ça se matérialise au cours de l’été 79, quand a lieu le déménagement entre les rues de Lille et Kellermann. Du centre-ville de Tourcoing à un « quartier ». L’événement se révèlera être une aubaine pour le mémorialiste que je m’attacherai à devenir — après que je me serai donné pour tâche de redéposer les faits par écrit. Ici.

Les-parents s’installent dans le logement de fonction accolé à leur nouvelle école d’exercice.

La rue est ridiculement courte ; la chaussée, typique du Nord, pavée de manière très irrégulière. L’herbe dans les interstices évoque la disparition d’une époque révolue. La prospérité d’un Nord alors voué au textile.

Sur la place, proche, des Phalempins se dresse une église en briques, et son clocher cubique encrassé, ni très belle, ni laide du tout. Elle n’existera bientôt plus. 1991. J’aurai dix-neuf ans. La boule de démolition me serrera le cœur. L’assassinat des cloches qui, déjà, ne sonnaient plus, se produit à bas bruit. C’est normal.

La maison est grande, bâtie dans les années 1880.

Au rez-de-chaussée, vu de la rue, deux paires de volets vert moche et une totale absence de porte d’entrée trahissent une présence dont le passant peut douter qu’elle soit humaine.

L’habitation est conçue selon les mœurs du temps de sa construction : les étages tracent une hiérarchie. Au revers de la façade, un très grand salon-séjour forme un espace des plus bourgeois ; le reste du niveau abrite une cuisine et son coin repas, ouvrant sur un bref jardin habillé de rosiers. Et d’une baraque à fioul. Parquets à peu près partout, cheminées en marbre noir, jusque dans les chambres — distribuées par trois aux deux étages.

Tout cela ressemble à s’y méprendre à un signe extérieur de notabilité.

Les-parents investissent cette demeure de hobereaux soviétiques. Il convient de vivre parmi les gueux. Quitte à ne pas les côtoyer. Surtout pas. Tellement décevants vus de près. Il ne faut pas en demander trop. Qui va au zoo et demande à ce qu’on lui ouvre une cage ?

Le faucillisé-martelé de mon ADN gagne en pesanteur.

Le-père m’offrirait Action directe en doudou, si ça existait.

L’utopie des bâtisseurs d’écoles de la IIIᵉ République est présente partout. Lointaine également, désormais. Ne demeurent que les bâtiments.

L’oxygène a pour caractéristique d’y être rare. Je commence à toucher du doigt un phénomène.

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