An zéro du nouveau millénaire. Je crée sexualité à mon pied. Maîtresse de ma chienne de vie de chienne. Je découvre le phénomène « Milieu ». Refuse d’en être. Refuse de n’en pas être.
Les hardes se définissent toujours au moins par l’agonissement des libertins. Celle-ci ne me définira pas. Pas plus qu’aucune autre. J’affectionne le Marais, comme les quartiers à putes et rues à sex-shops : ce sont mes écosystèmes naturels. Pour autant, le couvent des Billettes m’attire plus que le Cox. Le cheptel de mecs débordant jusque sur le trottoir paraît triste.
À l’intérieur, ça ne baise même pas. Ma phobie des lieux clos, bondés, formatés me fait n’y pas entrer seul. Je peux dépasser le trac si ça joue. Mais là, ça ne le fait pas. Je visite les Carmes.
Ce que j’apprécie en ce quartier, c’est le pathos. Y participer. Je me façonne des images d’Épinal en prêt-à-porter. Déteste les dupes. Me laisse contaminer si c’est drôle. Sacrifie à quelques travers du lieu. Connais mes limites.
L’Histoire n’est jamais loin. Nous formons les ombres persistantes de demain. De cela, je veux bien être. La life of my time. La rumeur d’un quartier. La vie gay. Il ne faut pas croire.
Comme ce soir, où je quitte le Forum des Halles une paire de pseudo-baskets dans le sac, un souci en tête : iront-elles avec ma nouvelle tenue ?
Je n’ai pas eu le temps de m’éloigner beaucoup. Rue de Rivoli. H&M.
Je fonce vers un vendeur aux cheveux blonds et ternis par le gel, piercing à l’arcade et strabisme indiscret. De sa voix suave et zézayante, à la tonalité populaire, Ferréol — comme l’annonce son badge — répond à ma question : fin de la scène.
Oui ! mais non : je trouve amusant de le draguer et, trois petites heures plus tard, mes chairs labiales et linguales se repaissent du sexe à texture velours de ce nouvel amant hélas conformiste. Rédhibitoire.
Notre relation ne va pas plus loin qu’une fellation tardive dans un recoin de la rue des Francs-Bourgeois ou que des coucheries aléatoires et épisodiques.
Son museau de fouine, amateur de trip hop, est à jamais lié aux 72 trombones avant la grande parade de Biolay. À Jay-Jay Johansson. Diabologum. Et Björk.
Un jour où il me présente sa mère, je suis si ivre que m’en pisse dessus. Futal fashion tout humide.
Ridicule.
Notre amitié dure quatre ans, jusqu’à ce qu’un jour je n’aie plus de nouvelles de lui. Juste parce que… bref…
Spoiler : après lui avoir annoncé que j’étais désormais séropo. Je ne lui en veux pas. Tout le monde n’est pas à l’aise avec la vie. N’est-ce pas ?
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