Jas-de-Bouffan. Chez une grand-tante. Cité HLM, en bord d’autoroute.
L’un de mes petits-cousins est de mon année. Il m’attire à travers un passage sous l’A8. De l’autre côté, un terrain vague lui semble plus que familier. L’espace est sans doute en devenir. Nous y trouvons abri au creux d’un cylindre en béton. De chaque côté, l’ouverture nous garantit une vision lointaine. Le creux de la structure nous dissimule au monde. 1981. Vacances de Pâques.
Nos enveloppes peaussières repliées en forme de lune se frôlent, saturent l’air. Nos imaginaires aussi. Nous nous voyons pour la première et unique fois. Nous partageons des gènes. Sinon rien, jusque-là. Nos nudités désormais.
Mes narines aiment déjà humer les dermes.
Les divertissements ne sont pas ici très nombreux, qui pourraient autrement nous soustraire à la gêne de ne pas se connaître. Nous passons le temps. Rien n’est essentiel. Le sifflement des autos à quelques dizaines de mètres me fait appréhender la caresse atmosphérique plus intensément. Il fait relativement frais.
Pas pour un gars du Nord.
Le décor est post-apocalyptique en même temps que saisonnier.
La poussière, la boue en train de durcir, l’idée de cet autre, tout conduit à la dispersion de mes sens. Je le perds de vue. C’est flagrant. Notre aventure se sublime.
Dans quelques jours, nous serons en bord de mer. Il me fera franchir une clôture interdite. Celle d’un ancien bar ayant mis la clé sous la porte. Par cet accès périlleux nous accèderons au rivage.
Mon souvenir en sera plus tard ardu à situer, tant il est hors du temps, ainsi que de l’espace. Il s’assimile à un trompe-l’œil. Un Vasarely. L’appréhension de ce que l’optique est plus que ce qu’il paraît. Ses effets. Les vibrations. L’illusion.
Initiation de l’enfant par absorption. Mes membranes captent. Le monde imprime.
Je suis trop occupé à profiter pour mémoriser. Retrouverai les dates grâce à la télévision : le 14 avril, nous voyons la scène sensuelle et drôle de la baignoire avec Jane Birkin dans la comédie de Zidi. La Moutarde me monte au nez. Le 17, nous sommes au camping. Je regarde un épisode de Médecins de nuit. Au fond d’une caravane. Séjour à la mer.
Comme à chaque fois que les-parents sont accueillis par d’aimables gens, le départ de chez nos hôtes est immédiatement suivi par le dézingage en règle.
Qui fait qu’au bout du compte, rien n’est allé.
Le grand-oncle a la particularité d’être pied-noir. Apparemment, cela fait de lui une mauvaise personne. Je trouve étrange qu’on le désigne par la couleur de ses pieds. Suis assez malin pour deviner que la chose n’est pas à prendre au premier degré. L’image s’inscrit. Je ne pose aucune question.
Je ne reverrai plus jamais cette branche de la famille.
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