Continuum finium

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CONTINUUM FINIUM [kɔ̃.ti.ny.ɔm fi.njɔm] — loc. nom. m. Du latin continuum (« ce qui se prolonge sans rupture ») et de finis (« fins, limites, termes »). Expérience de la fin comme passage obligé vers autre chose. Par extension : conception de la limite — temporelle, spatiale, existentielle ou intellectuelle — comme un seuil actif, appelant une continuation, une transformation ou un déplacement du sens au-delà de ce qui semblait achevé.

Vacances de Toussaint 1979, ou hiver 80 — c’est pareil — dans le Dijonnais où l’on rend visite au frère de ma grand-mère maternelle.

Ce grand-oncle est immanquablement associé à sa femme. Il n’est pas lui, elle n’est pas elle, ils sont elle et lui. Ce couple est perçu par tous avec un supplément de je-ne-sais-quoi. Je le devine.

Lui replet, elle petite aux cheveux courts et blancs, tous deux affables.

Le sporadique des relations familiales des-parents me laisse peu d’occasions de découvrir les figures secondaires de l’arbre de notre généalogie. Ma grand-mère est issue d’une fratrie constituée, en plus d’elle-même, d’une horrible femme, d’un assureur décédé il y a peu et de ce frère tissé de lettres classiques que nous sommes venus voir.

Autodidacte. Il a appris seul le latin et le grec. Professeur de français. Elle, j’ignore son métier. Je ne la vois pas ne pas travailler. Leur maison possède un jardin. Très fleuri. Une entrée par l’étage, par l’extérieur. Tout ça me semble paradisiaque.

Nous profitons du séjour pour nous rendre au Clos-Vougeot. Le site me marque moins que son appellation amusante. Je trouve.

Ce séjour au pays du bon vin sera aussi surtout celui d’une journée bien précise : celle où, d’abord, je passe un moment sur une aire de jeux comme je n’en avais jamais vu.

Bientôt huit ans. Je me régale malgré ce début de gêne à me livrer à ce genre d’activité de moins en moins de mon âge. Mais les années soixante-dix ne sont pas célèbres pour leurs équipements publics flambant neufs. D’ordinaire, les balançoires, tourniquets et autres cages à poules sont en métal défraîchi avec un peu de sable impropre pour amortir les chutes. Ici, des tours et passerelles en bois forment un univers grandiose. À part.

S’ensuit la promenade. La Combe à la Serpent. Encore un nom pour ne pas oublier. Archaïque. Sombre ou évanescent. Les adultes discutent, les enfants vont à côté. Mon grand-oncle explique ce qu’est cette formation géologique. En forme de U.

Majuscule.

Cette vibration cognitive déclenche une secousse métabolique. La petite brocante de sous mon crâne se réorganise. La marche au creux de la voyelle pleine la plus bizarre suggère un sans issue qui me turlupine.

Tout en ce monde finit toujours. Il n’y a pas que la mort qui fasse ça. Cela paraît logique. Une limite peut-elle se révéler définitive, absolue, et ce réellement ?

L’idée du bout du bout du bout est une évidence.

Comme les horizons. Il suffit de regarder. Un paysage, ça s’arrête.

Le truc qui cloche, c’est l’après.

Le sol devient plus meuble. J’ai des vertiges. Silencieux. Si au terme de ce chemin arrive une fin, qu’y a-t-il ensuite ? Quelque chose. Et si quelque chose, alors… le fini n’est pas réel.

Jusqu’à ce qu’une nouvelle fin. Puis quoi ? L’infini ?

Cette solution à mon problème n’est-elle pas encore pire ?

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