Aujourd’hui, la-mère est partie. Les autres vaquent. Le-père fait la sieste. Suis à mon étage. Les autres au premier. Quelle mouche me pique ? Je ne sais pas. Quittant ma chambre, je descends l’escalier et pénètre dans la chambre mauve. Sans doute ai-je une demande quelconque à faire à cet élément de fratrie vivant là.
J’y suis toujours accueilli avec un peu de hauteur. L’assurance d’un enfant qui se sent épaulé contre l’autre. Dans le silence général, nous nous parlons d’abord. Le lien n’est pas franchement évident.
Désaccord. Rien de surprenant.
Ça se met à crier. Pas moi. Elle. Suis dépité. Ça accroît le volume. En réalité, ça alerte. Je me démène. Tout cela est vain. Je devrais laisser tomber. Ne le fais pas. Ou pas assez vite.
L’instinct m’a fait défaut. Pas à elle. Les faits se déroulent comme il se doit. Sorti de son sommeil, le-père surgit. N’a jamais besoin de comprendre. Le savoir incarné peut se passer de ces broutilles.
Me saisit par les cheveux. Me fait tomber. Me traîne.
Je me retrouve au sol dans le couloir, quatre ou cinq mètres plus loin. Ça n’a pris que quelques secondes. Au pied de mon escalier. Me roue de coups. Fatigué, finit avec les pieds.
Ça dure. Je me protège. Ne pleure surtout pas. Mauvais scénario de mauvais film. La hurleuse savait. Le-père ne cherche pas. Même moi, je suis à la limite de trouver cela normal. Écrit par avance. J’aurais dû ne pas provoquer. Ma présence fait ça. Suis conçu pour ce faire.
La violence devient commune. Phénomène de toute évidence. Le garçon cumule les tares. Les autres de la famille jugent. Tout est pour le meilleur. N’est-ce pas ainsi qu’il faut agir ?
Mettre au pas les de travers.
Petit laboratoire d’anthropologie qu’une famille. Ou de zoologie, au fond. Je crois qu’il est temps. Ne plus nous distinguer. Nous sortir du lot. Nous serions, je n’en doute pas, alors plus aimables avec nous-mêmes. À cesser de prétendre être. Notamment ce que, de fait, nous ne sommes pas. Hors de ce règne que nous nommons animal.
Si je vivais là tout de suite dans un docu animalier, ma position au sol serait-elle dramatique ? Non. Et j’y vis. En réalité, j’y vis. Je vois déjà cela pour ainsi dire de la sorte. J’ai, par mon goût enfantin des livres sur les animaux, parfaitement intégré Darwin.
N’en ai conçu aucun soupçon de supériorité. Au contraire.
Suis juste une bestiole qui, sur l’instant, a le dessous.
Bon. L’on gagne à accepter aussi que la life on earth n’est pas rose.
Mon état de choc momentané me reconduit à ma chambre. Je ne peux plus aimer ces gens. Bien que je ne sois jamais vraiment stable en ce genre de matière. Trop doux. Pas assez résolu.
La violence est pourtant rarement physique.
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