Mother-and-fatherness spectacle

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MOTHER-AND-FATHERNESS SPECTACLE [ˈmʌð.ə ænd ˈfɑː.ðə.nəs ˈspɛk.tə.kəl] — loc. nom. m. De l’anglais mother (« mère »), fatherness (« paternité ») et spectacle (« spectacle »). Mise en scène de dépossession corporelle et d’humiliation de son enfant par un couple parental obsessionnel et pervers. Par extension : utilisation, par un couple parental, du corps et de la psyché de son enfant à des fins libidinales partagées, les règles n’étant transgressées qu’à partir de ce corps.

Les faits se sont inscrits, donc ils se sont effacés.

Je ne raconte pas. Moi qui me livre si aisément, je tais. Encore une fois parce que la blessure paraît exagérée. Après tout, est-ce si grave ?

Il m’apparaît toujours plus indispensable d’être en même temps capable de prononcer une sentence d’extrême intensité et une autre de non signification totale. La vérité se cache souvent dans le maintien ensemble de pôles apparemment contradictoires.

Le paradoxe a cette vertu que de dissoudre l’illusion du ou noir ou blanc. Ne jamais résoudre certaines interrogations est leur seule résolution rationnelle. Je ne crois pas que la mentalité de mes congénères co-temporels, à toujours vouloir détenir un vrai — forcément le leur — soit signe de santé mentale. Nous sommes pathos and co.

Le vrai, en bien des matières, se démontre. Heureusement, pas en toutes.

Je me tais. Je me fais taire. Ça se tait.

Nul ne peut qualifier le phénomène d’oubli réel. Cela agit à la manière d’un bidule dont on autorise et dont on se contente d’une activité en arrière-plan.

Sous le regard attentif de la-mère, le-père m’a attrapé dans la salle de bain, assis vêtu, sur le bord de la baignoire, attendant que l’eau monte. Je me débats. Le vacarme rameute. Tout le monde mate. Il m’arrache le t-shirt. Me baisse le pantalon de pyjama. Saisit le tissu de mon slip et tire violemment. Jusqu’à ce que je sois nu.

La-mère approuve la sanction. S’assure qu’elle soit exécutée dans les règles de l’art.

Cela fait deux ans que je deviens de plus en plus velu. Désormais, j’ai atteint la taille que j’aurai pour le restant de mes jours. Ainsi que la pilosité. Galopante. Cela n’est pas si courant. Je ne suis pas très à l’aise avec ça. Et puis, à la maison, il est strictement interdit de s’enfermer dans la salle de bain. J’ai pris l’habitude, l’air de ne pas en avoir l’air, de me lever tôt pour me laver.

Mais nous sommes mercredi. J’ai tardé. Les-parents sont levés. J’ai rendez-vous chez le dentiste. Je dois me livrer à de savants calculs. Et ce n’est pas simple. J’ai mal au bide. Je me décide. Place la bonde. Ouvre les robinets et patiente. J’adore m’allonger dans une baignoire et sentir l’eau chaude monter à mesure de mon corps froid. Ça forme des paysages. Mais là, impossible. Je regarde le niveau monter. Anticipant le temps qu’il me faudra pour me déshabiller et bondir dans l’eau, avant de m’y retrouver regroupé sur moi-même, de sorte à ne plus constituer qu’une coquille close.

Les-parents très centrés sur leur nombril savent s’ouvrir à l’altérité si elle est fragile.

Ils ont repéré la suite d’artifices que j’ai instaurée pour ne pas enfreindre les règles sans leur accorder la valeur de dépossession de soi qu’elles représentent en réalité.

Je suis en larmes. Debout. Douché. Les toisons exposées. Les mains où je peux.

Je devrais faire quelque chose. N’ose pas.

Et puis je me tais. Et puis les images battent en retraite. Et puis les années passent…

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