Sex-shopping

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SEX SHOPPING [sɛks ˈʃɒ.pɪŋ] — loc. nom. m. De l’anglais sex (« sexe ») et shopping (« faire des achats »). Pratique consistant à parcourir des lieux dédiés à la sexualité dans une logique d’exploration, de disponibilité et de sélection de partenaires ou d’expériences. Par extension : mode d’accès au désir fondé sur la circulation, l’essai et l’absence de projection, où la satisfaction relève d’une économie directe de l’offre et de la demande.

7 avril 1990. 18 ans. Bon.

Premier acte : dans les jours qui suivent, je saute dans le tram direction Lille. Plusieurs jours de suite ou quasi consécutifs en tout cas. Je pars en quête des sex-shops du quartier non loin de la gare. Je peux enfin devenir quelque chose de total.

Le plus difficile dans tout ça est le trajet. De Tourcoing où rien ne bouge à Lille où il y a possibilité de cul, les transports nécessitent une éternité de trois-quart d’heure. L’impatience est fort compréhensible, je me dis. Mais j’ai mal au bide. Le stress est douloureux. Ma cuisse gauche sautille nerveusement. Les gens du tram doivent voir mon cœur battre. Je manque d’oxygène. La tension n’est pas chose à trimbaler pour bien prendre plaisir.

C’est irrépressible. Toute ma life, la quête de satisfaction de mes besoins sera faite de douleur.

J’ai des besoins qui sont en même temps des envies. Je ne vois pas la différence sur ce coup-là. Trop de bâtons dans ces roues-là, je me prends de plus en plus à rêver que demain sera plus propice. Que l’égalité des sexes réduira la peine à jouir.

Débarrassera des conneries du tu bandes quand tu aimes. Bon, avec moi, ça va en sens inverse, plus souvent. D’abord, parce que je préfère dire la vérité. Ben oui. Désirer tirer son coup, c’est tout de même pas mal primal. Aimer, c’est plus hasardeux. Surtout avec ces putains de règles de bienséance. Jamais ou à peu près, je ne sacrifierai au restau et aux fleurs.

D’abord, je déteste qu’on mette la flore à mort. Puis, je trouve que payer est au moins plus franc. Enfin, nous sommes adultes. Les salamaleks, trop peu pour moi.

S’entretroncher est plus digne.

Le tout premier sex-shop a encore des cabines à rideaux. Idéal pour se laisser mater. L’avenir pas si lointain nous amènera les portes. Puis, pire de pire, les portes dont il faudra tourner le verrou si l’on veut son film. La niaiserie hygiéniste au pays des productions hards.

Dans les jours suivants, je me rends au cinéma porno de la rue Esquermoise. L’Omnia.

Je me souviens d’un film. En particulier. Une femme buvait un verre dans lequel du sperme… finissait droguée. Raptée. Sur un bateau.

Le ciné expose. Et là, je m’exerce à faire plaisir à tous les messieurs qui osent. Plus ils sont vieux, plus je me sens forte et pleine. Oh rien de torride. Juste des pipes et de la sturb. Forcément, j’ai un succès fou. Une pas farouche, ça fait toujours plaisir. Il n’est pas question que je trie. J’en éprouverais aussitôt une honte dont je ne saurais me relever.

L’odeur du lieu est humaine.

J’aime l’idée que les nécessités physiologiques des hommes s’épanchent grâce à moi.

Eh, je dis les hommes, parce que cette antipute de société ne laisse pas nos femelles s’égayer avec nous. Les meufs font genre : ça ne les intéresse pas. Je le crois encore. Et c’est la raison pour laquelle elles m’intéressent beaucoup moins.

Je n’ai jamais eu moins de désir pour le femelle que le mâle. Juste moins d’opportunités et, pendant longtemps, ce mensonge des femmes sur leur propre bestialité.

Si les hommes sont des porcs, alors je les adore. Si les femmes des truies, alors je grogne avec bonheur. Suis pas orienté, c’est le monde qui toujours veut que nous nous désoccidentions.

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