Dulcis amaritudo

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DULCIS AMARITUDO [ˈdul.kis a.ma.riˈtuː.do] — loc. nom. f. Du latin dulcis (« doux ») et amaritudo (« amertume »). Mélange de plaisir et de douleur dans une expérience où l’intensité tient précisément à leur intrication. Par extension : relation fondée sur la brûlure que génère la coexistence du vécu et de l’improbable.

Je ne comprends pas. Ne veux pas. Je trouve détestable cette idée que l’on n’aime qu’un corps à la fois. Contre-nature. Contre-intuitif. Comment dire ?

Sommes-nous à ce point aveugles ?

J’écris des lettres à Anthony. Adore Seb. N’ai aucune intention de les faire se désaimer. Mon palpitant dans un récipient de porcelaine pourrait trouver sa place sur un meuble de leur chambre. Pourquoi pas les caresses ? Se broder de tendresses artisanales ?

Revenir souvent sur le métier. Car nos morphologies méritent de s’entreconnaître.

Anthony, au fond, n’a pas changé. Jamais ne me demande de ne plus lui exprimer rien. Me redonne des impressions d’exister. Pour lui, tout spécialement. Feins de me savoir hétéro. La femme de qui je partage la vie le permet. Alibi. Pour qui choisit les limbes.

Tous les quatre, nous passons énormément de temps ensemble.

Les parents de Seb ont un mobil-home au camping de Cayeux. Il n’est pas rare que nous y passions du temps. Baie de Somme. Saint-Valéry. Le bord de mer. Ces brèves périodes à chaque fois, je les mue en vie partagée. La proximité d’avec mon ami acquiert une force supplémentaire. Parce que nous sommes des adultes. Parce que nous nous parlons plus. Et mieux. Je serais un bouton de fièvre aux coins de ses lèvres, je ne serais pas moins heureux.

Girls in love. Grungerman. C’est moi.

Les heures en voiture comptent double.

Lorsque nous quittons Lille, le trajet prend l’allure d’un départ en vacances. La Golf d’Anthony résonne des tubes du moment. Et de nos conversations amicales. Seb a un petit côté commère sympathique. Anthony est toujours le plus avenant et le moins authentique de tous.

Je sais ce qu’il cache. Je l’ai connu quand il avait treize ans et ce jeune homme n’a pas disparu.

Anthony et Seb sont un couple à qui je ne prête pas de sexualité.

Néanmoins, eux prennent la forme d’un huis vers la vie gay, première fois que j’approche ce mode de se vouloir être arc-en-ciel. L’un et l’autre n’ont pas tant de discours que cela qui aient l’air de revendiquer quoi que ce soit. Plutôt une liste de places to be. Bars. Boîtes. Boutiques de fringues. Destination de voyage. Aucun des deux ne paraît très libéré.

Anthony décrète que suis hétéro. Je ne démens rien. N’ai pas à faire ça.

Pourquoi les autres ont-ils tant cette pulsion d’étiquetage ?

Les retours, à la fin des week-ends, sont plus meurtris. Nous traversons l’Amiennois et je rêvasse. Chargé des sensations lumineuses et tendres du partage qui vient d’avoir lieu. Les paroles amicales. Quelques gestes. Suis un voleur qui vole puis s’écrase en silence. J’ai des douleurs que je ne substituerais à aucun prix. Petits cailloux que je ramasse en connaissance de cause. Ce sont les miens. Je pourrais les regarder quand serai triste.

Les hommes tels qu’Anthony sont des artistes dans le genre. Ne te laisse jamais sans rien à recueillir. Collecter. Conserver. N’en pas être dupe est gageure. L’être assez pour s’accorder d’apprécier qu’au moins il prend la peine de laisser ça. Pas grand-chose mais ça.

Ok. L’aigre-douceur de ces jeux, c’est comme une musique expérimentale.

Une porte qu’on écoute grincer. Qui a tant à.

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