Alors certes rien n’est moins rare que de se faire insulter par les outre-périph lorsque l’on a l’air pédés, mais l’atmosphère parisienne nous marginalise de plus en plus : le beau monde a ses quartiers plutôt bien sillonnés. Le nôtre, le treizième, n’est pas le pire mais les soirées peuvent y devenir malaisantes.
Cette nuit, Valérien et moi avions peut-être reçu une petite entrée d’argent. Peut-être étions-nous allés boire un verre un peu tard. Je ne sais plus, mais nous sommes à la station de bus de la place d’Italie, l’une d’elles à guetter le véhicule qui nous déposerait près de chez nous. Nous sommes schlass et peu bavards. Les yeux protestent. Nous pourrions effectuer le reste de trajet à pied. Nos carcasses nous imposent de nous poser sur un banc.
Rien ne semble nous prêter attention. Nous dévisageons le vide des fatigués.
— Wesh, les gros pédés, sales enculés…
Suis pas de ceux qui se vexent : les mots ne sont rien. Et finalement c’est moi qui ai pitié de leur dedans sans consistance que la haine des autres. Ceci dit, je suis soulagé que la place populeuse, même à cette heure, n’ait pas autorisé le tête-à-tête avec ces mécréants nous promettant l’enfer. Mécréants, au sens où ils l’entendent. Ces jeunes ou moins jeunes souvent paumés entre sidéral venteux, alcoolisme et besoin de ne pas succomber.
Mon expérience au Césa, immense ciné X où j’apprécie de soulager tous les petits zonards de banlieue soit opportunistes soit gays dissimulés car vivant dans un contexte sans doute l’un des pires en notre pays pour les amateurs de sexes en miroir.
Bref, ce moment n’est pas ce qui s’appelle rare, souvent plus anxiogène que réellement dangereux mais il a été le premier où je me suis dit que, non :
Paris ne sera pas toujours Paris. Et certainement pas pour de petits gars épris de liberté.
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