Solaz

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SOLAZ [sɔ.laz] — n. m. Du vieux français solaz (« réconfort »). Signe discret d’un mieux-être encore fragile, perceptible comme retour progressif à des gestes d’attention, de présence et de partage. Par extension : apaisement procuré par la présence attentive d’une personne qui, par des gestes simples, des récits, des paroles ou des habitudes partagées, aide à rendre le monde de nouveau habitable.

Ce temps-là fait bien les choses.

En plus de mon substitut de Siffredi, Valérien et moi qui ne nous touchons plus depuis la fin des orgies parisiennes trouvons une manière de nous ménager un espace d’intimité et de partage. Lui ne parvient pas à dormir jamais, ou en dernier recours dans la matinée, moi je me couche avec un livre et ne m’endors jamais après vingt-deux heures.

Suis très rituel. Et s’en met alors un en place, je ne sais ni par qui ni comment : mon homme, quand mes globes oculaires rougissent de sommeil, vient éteindre la lumière, je mets en marche mon diffuseur Nature et Découverte d’arôme aux trois agrumes. Valérien s’assied à mes pieds et les saisit l’un après l’autre. Il les masse longuement, tandis qu’il me raconte des histoires.

Ce peut être un bout de la disparition pendant cinq siècles de son pays victime de l’impérialisme turc, des contes et légendes de ce pays si singuliers.

Je me souviens d’une histoire d’un mec, genre, qui était si pauvre qu’il avait une toute petite cahute pour se loger. Il alla voir je ne sais qui lui donna le conseil d’y abriter tous ses moutons. Bien entendu, la place manquait encore plus. Le malheureux retourna se plaindre auprès de Machin-Chouette, qui, cette fois, lui ordonna de sortir tout le troupeau de son habitation. L’homme s’exécuta. Et trouva soudain que sa cahute était spacieuse.

Genre.

Il me raconte aussi des histoires politiques, d’autant plus que pendant une année, avant la chute du rideau de fer, il avait étudié les sciences politiques à l’Université de Moscou.

Épisode dont il ne faut pas être jailli de la cuisse de quelque force surnaturelle que ce soit pour imaginer la dureté. Même à sa fin, le totalitarisme communiste continuait de terroriser, de faire disparaître et d’exécuter pas mal de. Enfin. De.

Puis il s’est mis à me conter le cosmos. Ça, c’était fabuleux. Je ne sais absolument pas d’où il sort toute cette science non dialectiquement matérialiste. Valérien n’en a pas l’air. N’a d’ailleurs l’air de rien. Mais est mille fois plus brillant que chacun d’entre nous.

Parfois, il me fait l’impression de ne pas savoir comment user de tout cela.

Et surtout, les esprits médiocres ne lui font jamais de cadeaux.

Je le sermonne de temps à autre, afin qu’il se rehausse et conquière sa place. Peut-être que tout bêtement ça ne l’intéresse pas. Et que je l’emmerde. D’ailleurs, je le trouve souvent ennuyeux tout en étant sans une once de doute certain que nous pourrions avoir des conversations de très haute volée. Et que j’aurais tant à en apprendre.

Pour le moment, de toute manière, il doit reprendre place dans la vie quotidienne.

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Publié par Barthélémy Lyssanjou

Auteur en cour de finition de son premier ouvrage — Blog balbutiant

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