Le cheval avant le cheval

Lecture : 3 min. Le cheval avant le cheval
« Quelqu’un a vu un cheval. Quelqu’un a dit : c’est un cheval.
Lui s’est étonné. Il ignorait être ça. »
Le cheval avant le cheval

Il y a l’idée. Le mot. La chose.

L’image de la chose.

Non fumeur. Tant pis pour la pipe. Si ceci n’en est pas une, alors personne n’en mourra.

Fallait-il nommer l’idée avant le mot avant la chose ? On marche sur la tête. Ayons une pensée pour ceux qui pensent en images. J’ai pas dit clichés. En images. Le pire : il est difficile de ne pas empiler. Allez, organiser tout cela comme une élévation d’édifice religieux.

Magritte devait être bon amant.

Un esprit du diecicento — ok, ça n’existe pas, cétait pour pas écrire vingt-et-un — peut encore’et toujours éprouver de la peine à se soustraire à la Caverne. Et ces idées d’un monde plus réel que celui fait de toute matière. Les petits anges à Platon, peut-on s’imaginer.

Ça vole, c’est joli, ça n’existe pas.

Le Platon, au pieu, par contre… Aristote, lui, assurait.

Aimer les volatiles n’est pas de meilleur aloi, si l’on en croit le maître du suspens. Les idées ont-elles des becs ? Se posent-elles en lignes sombres sur les lignes hautes tension ?

Les médiévaux sont à réréhabiliter. Toujours et encore. Jusqu’à ce qu’on les aime. La querelle des universaux, c’est pas pour les tapettes ! Oh si, si, c’est spécialement pour celles-ci. Elles, elles savent mesurer leur pied au pied de nos cathedrales !

Je dis ça, je dis rien.

Mais quel sac de nœud que la ronde du nominalisme et du réalisme — qui n’en est pas un. Enfin, ça dépend pour qui. Certains s’y cassent les dents ? C’est sûr. Comment imaginer qu’on a pu qualifier ainsi l’idée que les Idées…

Quelqu’un a vu un cheval. Quelqu’un a dit : c’est un cheval. Lui s’est étonné. Il ignorait être ça. Ses yeux ont questionné : sera-t-il autre chose de main ? Ou est-ce ad vitam æternam ?

Un hurluberlus a prétendu que c’était ainsi parce que le cheval préexistait au cheval — si l’on lui permettait de dire cela ainsi.

Honnêtement, le post rem, ça a meilleure gueule. Ockham est bandant. La chose précède la désignation. Bon, ok, en gros. On a aussi connu des quidam qui n’avaient jamais vu le loup — mais en fréquentaient éhontément et le mot et l’idée et l’image.

Rien n’est jamais tout simple : qui a vu le triforium ?

Un jour un homme a visité l’édifice. C’était gothique. Il a aimé. Rentré chez lui, il s’est tapé un historien de l’art, un spécialiste des ogives. Le lendemain, il est retourné. À la cathédrale comme il allait d’autres fois aux putes. Avec une certaine dose d’excitation et d’appréhension.

La belle de la veille s’était éclipsée. Elle avait fichu le camp. À la place, une autre paraissait avoir été achevée dans la nuit. Mieux réussie. Il lui a même vu le triforium !

Émile Mâlisé, le mec rayonne avec les chapelles. Lol.

Il a un gars, dans son lit, qui l’a fécondé. L’attend peut-être. Le langage est aussi ça. Émission pour filles faciles — les plus futées qui soient. Il est absolument nécessaire de le dire. Le redire. Ce n’est pas donné à toutes. Le type est de l’espèce des frivoles.

Il espère un jour pouvoir rendre l’appareil à une garce, à son gars, ou qu’en sait-il ?

La chose n’est jamais aussi agréable que si elle est joliment nommée, pensée. Et dessinée.

Et en parlant de pipe…


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