Cette nuit, il a neigé sur Millau. La maisonnée se réveille. Constate un phénomène peu courant : d’ordinaire, la neige se contente des hauteurs. La rue est parcourue d’empreintes encore lisibles.
Pas question de rester à la maison.
Leto endosse son harnais rouge ; mon homme et moi nous couvrons, chaussons nos bottines. Sortons. Nous prenons la direction de Massebiau.
Le long de la rive gauche de la Dourbie.
Après quelques kilomètres, au creux d’un virage, je connais un sentier. Nous nous enfonçons vers le ravin de Potensac. Les arbres sont des travestis. Ils ont enfilé ce beau vêtement salissant que nous n’avons plus l’habitude de les voir porter. Je me fie à mon souvenir d’un précédent passage par ici. Me trompe. Nous déroute.
Nous faisons demi-tour. Grimpons. Le vallon peu à peu disparaît.
La cohésion des flocons entre eux nous assure un équilibre plutôt tranquille.
Personne n’est venu là ce matin.
Leto caracole en tête. Marque des pauses. Se roule dans la poudreuse.
Le chemin débouche sur le haut-plateau au niveau du hameau qui a offert son nom au ravin. Les quelques maisons qui le composent sont habitées.
Rien ne bouge.
Le temps de longer une route sur quelques centaines de mètres, de passer sous la nationale, nous voici qui replongeons au cœur d’un paysage assourdi et aveuglant. Par endroits, quelques piétinements discrets trahissent la faune locale. L’argile et les pierres ont été repoussés sous un incommensurable tapis de matière immaculée. La corniche du Larzac nous guide.
Je m’arrête soudain. Saisi par le spectacle.
Tournant le dos à la ville en contrebas. Le causse mime l’allure d’une plaine accidentée, à perte de vue, tandis que l’épisode hivernal abolit les limites d’entre les eaux inférieures et supérieures. Les lointains se confondent, le sol et le ciel…
Et, plus loin, Leto campé sur ses pattes, noir, immobile et droit, observe.
Que cherche-t-il ? Que ressent-il ? Que pense-t-il ?
Je sors mon téléphone. Prends la photo.
Sur l’image panoramique, il paraît minuscule, seul et sûr de lui — devant l’étendue des parcelles désertées par les moutons, surexposées. Arbres et buissons secs peinent sous le poids d’une légèreté passagère. Les branches s’affaissent, certaines plus petites sont carrément prêtes à rompre.
Le regard du chien octroie au paysage une aura introuvable hors de sa présence.
Personne n’aurait pu agir ainsi sur ce paysage, cet instant…
… que Leto !
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