Lille, puis la route des boîtes. La drogue et l’électro. Ce samedi, mon ami Seb veut faire chier Thomas, et celui-ci a flashé sur Arnaud. L’histoire est simple : mon rôle sera de lui mettre le main dessus le premier.
Arnaud ne me plaît pas, mais il est mon style, mais je n’accroche pas. Je ne dis pas non. Il est grand, brun, ténébreux. Des traits de vraie garce. L’idée m’amuse. Je suis perché. Lui est beau. Le masculin se niche chez lui dans sa longueur de regard. Sa mandibule. Je m’assieds près de lui. Nos langues se touchent.
Combien de temps faut-il pour qu’il m’emmène dehors, sur le parking, dans la voiture rouge de l’ami qui l’a conduit ici ? No lo sé. Il me prend. Et je tombe. Ses potes, les miens, nous retrouvent nus. Noués l’un à l’autre sur la banquette arrière. Le jour se lève.
Retour à Paris. Nous échangeons des messages. C’est l’époque où je ne forme qu’un avec mon Nokia rouge. Rendez-vous le week-end suivant. Je n’ai pas une thune. Tout le monde s’arrange. Les fêtards ont un don. Mon Nord me réaccueille bien vite.
Ecsta. H2O. Plein mois de juillet.
Et puis trois jours ensemble. Hellemmes. La maison est typique. Le soleil fait contraste. Nous nous découvrons. Le coloc d’Arnaud est absent. Le jardin entouré de murs. De voisins qui peuvent ne pas nous voir. Nous ôtons tout. Parlons. Baisons. Buvons. Je ne suis pas différente : chaque fois qu’il me pénètre, je me ré-éprends. Logique.
Nous sommes bien. Je devrais le suivre dans ses vacances prochaines. Je le suis.
Berck-Plage. Rang-du-Fliers. De Paris encore, je débarque. Nous ne sommes pas seuls. Ses amis m’apprécient. Mon mec fait la drag queen a ses heures perdues. Il a promis aux gérants du camping une prestation en échange d’un emplacement gratos. Moi, je suis en couple.
Pas-de-Calais, Rosalie, pédales et sable doux. Boutiques en bord de digue. Farniente. Sodomies. Arnaud. Nous, notre minuscule chambre dans le mobil-home. Une photo, Un baiser.
Fin de séjour. Que dire de plus ?
Quinze jours passent. Le TGV me ramène sur ce quai de la gare Lille-Flandre que j’ai l’impression d’avoir bâti moi-même tant j’y passe de temps. J’ai hâte. Je suis une follasse in love. Mais personne. Il n’est pas là. Il picole avec son coloc. Trouve plus simple que je prenne le métro. Il est vrai que ce n’est pas loin.
Je me sens sonné. Il m’embrasse. M’invite à joindre le clan de ceux qui sifflent la vodka.
Les heures s’étirent. Je suis finalement seul. Saoul, mais seul.
— Je vais me coucher.
À la porte, il me regarde. Et je ne bronche pas. Pourquoi j’irais ?
Mon dépit est étayé par une angoisse. Je ne le suivrai pas. Sur le sofa grand-mère pelucheux, le coloc et moi nous rapprochons. Je suis une fille facile. Il est sex, lui aussi. Triste à en crever, je laisse les fringues s’ouvrir. Choir. Dériver sur le carrelage. Nos bouches sont pâteuses. Nous ne savons plus où nous commençons, l’uncomme l’autre. La terre bascule. Je cours.
Les chiottes, où je vomis.
Je reviens. Nous reprenons. Je suis sa femelle. Assise sur lui. Déchaînée.
La porte du salon s’ouvre. Arnaud me fixe. Je réalise qu’à trois ce sera encore mieux.
— Tu me dégoûtes !
Je n’arrête pas un instant le chevauchement. Mon cœur se brise. Je finis la nuit avec celui qui ne m’a pas laissée tomber.
Arnaud fera la gueule.
Je saignerai longtemps de ce chagrin.
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