J’ai coutume de claironner que je ne tortille pas du cul. Même si l’ironie de mon sort dit tout l’inverse, je m’en suis vu fait le reproche. Ou bien aussi, et plus souvent, en ai reçu le compliment. Et, d’une certaine façon, il n’est pas absurde d’affirmer que j’ai tout de même consacré une colossale part de ma vie ici-bas et maintenant aux oscillations en tous genres de croupes dépoilées.
Je n’ai rien d’érotique. Il n’est pas rare que cela m’emmerde. Je veux voir.
J’ai le goût du détail anatomique.
Le porno m’occupe depuis que mon monde est monde.
L’après-midi commence. J’ai rendez-vous. Quelque part dans Paris. Mon estomac est emmêlé à mon insurmontable excitation. Je veux vivre un rêve. Je m’y efforce.
La porte cochère cède sous ma poussée. Paris se dévoile. Une cour. Une arrière-cour. L’écho des activités là-haut, dans l’indistinct des fenêtres ouvertes ou pas. Des voix. Je ne sais pas si j’ai un plan ou s’il y a des flèches à suivre. Je parviens. Une seconde porte, vitrée. Quelque chose d’un chic discret. J’entre.
Je perds toute mémoire de cet intervalle sans intérêt. Me retrouve assis devant un bureau. Derrière le bureau, il y a lui. Ce délicieux encore assez jeune jeune homme aux traits bienveillants. Un sourire aussi solide que son sexe. Je le connais. Je l’admire.
Il me fait passer l’entretien. Assez classique. Mes petits souliers me contiennent mal. Je ne suis pas à l’aise. Mes accès de timidité ne jouent jamais en ma faveur. Quand ils me viennent, je perds tout. Je suis un loser. Je passe à côté de mon destin.
Je ne crois pas au destin.
Mais le mien serait logiquement d’en être !
Je sais que je ne suis pas acteur. Je suis là pour jouer ma vérité. Montrer par la chair. J’ai des tas de possibilités pour œuvrer dans le domaine. Encore faudrait-il qu’on ne le dénigre pas. Cela ferme des portes aux personnes de ma constitution. C’est terrible. La faute aux braves gens qui se branlent en faisant genre d’être des hommes ou femmes de bienséance.
Je n’en ai rien à battre. Je ne me veux pas de cette morne attitude. Je n’ai honte de rien.
Suis une pédale. Entre autres. Et une pédale, désolé, mais ça mate.
La vergogne n’est pas faite pour ma carcasse. Je suis éphémère et je n’ai aucun temps à consacrer à cela. Il me demande de foutre à poil. Me fait asseoir sur une chaise au milieu de la pièce. Je n’ai pas vraiment espéré qu’il m’offre son membre. Qu’il me permette de lui démontrer mes compétences de goulue. J’ai un certain succès. Je n’ose même songer à ce qu’il me teste l’arrière-train.
N’empêche. J’aurais adoré être de son cheptel. Qu’il m’examine comme on le fait d’une charolaise au salon de l’agriculture. Même là, jusque dans ce bureau, les convenances résistent à mes désirs de frivolité. Je suis prête. Je serai une jument. Une chienne. Une truie. Ou un canard. Si seulement il le voulait.
Lui reste pro. Moi, je bafouille. Je suis surprise. Le porno, ici, ce n’est pas ce qu’on croit.
Pourquoi ne baise-t-on pas ? Franchement, c’est quoi, cette affaire ?
Je me suis levé pour ôter mes fringues. Nu devant lui, j’ai senti ses yeux.
Je suis en train de passer à côté de l’un de mes plus grands rêves. Être acteur porno. Ou actrice. Ou tout ce que l’on aurait pu me demander d’être. Je peux tout être, vu que je ne suis rien. Rien.
Je file. Je m’écoule. Je me transforme. Pourquoi ne me met-il pas à ses pieds ?
Je sens ses yeux. Il ne me retiendra pas. Je ne serai pas pris. Lui ne m’essaie pas. L’entretien est classique. Ouais. Juste dévêtu. Et moi, pauvre conne, je laisse passer ma chance. Par incapacité à faire face à l’imprévu.
Je repars. Une phrase, qu’il a dite cependant, résonne. Et, moi, je m’y accroche.
Titof a complimenté mes fesses !
D’une seule expression gourmande, il a fait de moi sa Brigitte Bardot.
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