Xénanthrope

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XÉNANTHROPE [kse.nɑ̃.tʁɔp] — n. m. ou f. De grec ξένος (« étranger ») et ἄνθρωπος (« être humain »). Personne qui éprouve sa présence comme celle d’un étranger, à l’échelle des gestes ordinaires, et doit s’acclimater par une attention volontaire aux signes, aux mots, aux usages. Par extension : individu dont l’entrée dans le réel se fait par traduction progressive, parfois au prix d’une tension corporelle, jusqu’à ce qu’un point d’élévation ou de beauté rende l’espace habitable.

Paris Gallieni. Tôt un matin. Gare routière Eurolines.

J’apprends que ma carte ne suffit pas pour le voyage. On me laisse embarquer. Les voyages ne m’animent pas des masses. Je déteste quitter. Abandonner. Délaisser. Il est possible qu’aller m’attire ; partir non. Trop d’aléas. Je gère mal.

Il aurait fallu un passeport. Le trajet est mort. Je vais avoir mal au ventre. Vais transporter cela de France en Allemagne en Autriche en Slovénie en Croatie jusqu’à la frontière de Serbie.

Je rentrerai en avion. Le bus c’était pour les sans un sous comme nous. Mais il fallait un passeport.

Nous sommes accueillis à l’arrivée par la mère et la tante de Vlady.

Le soir, on siffle de la iabalkova rakia comme du petit lait. Mais dès le lendemain je ne me sens jamais aussi étranger à une ville qu’à Sofia. Je suis insécurisé par la marche à descendre.

À part quelques horreurs soviétiques, l’archi rappelle qu’il fut un temps où la Bulgarie avait ses chances. Le viennois est parvenu là pour offrir aux habitants, un temps, sans aucun doute une fort jolie capitale. Riche de sa culture. Abîmée certes par plusieurs siècles de disparition, mais prête à naître encore. Puis vinrent les dictateurs du prolétaire.

Bon.

Les trottoirs sont sauvages. Les boutiques se terrent jusqu’à ras de trottoir. Les moutras vous écrasent. Il faut courir si l’on aime vivre. Des chiens errent.

Un Long Island sur le côté du Naroden teatar ne coûte rien.

Plus le temps passe, oh quelques jours, plus les rues sont belles.

Je me demande si l’on ne fait pas plutôt un voyage dans le temps. Les années 70 paraissent survivre partout. Je lis tout écriteau. Rien de tel pour s’acclimater. J’ai des notions.

Une dame dans un tram cahotant et dont l’arrêt se fait en plein milieu de la chaussée me demande un renseignement. Je lui répond que аз не разбирам. N’en suis pas peu fier. On monte vers la montagne Vitocha où l’on a prévu de passer la journée. Un bus. Le téléphérique, puis un second. De la marche à pieds. Le sommet est libérateur.

En bas la ville. Une capitale, un pied de montagne. Cela possède son charme.

Je porte un débardeur moulant bleu ciel. Les cheveux ras. De pas si bonnes chaussures. Nous choisissons de redescendre à pied. Nous coupons à travers bois. Hors chemins. C’est si exceptionnel de nous retrouver dans un environnement naturel. Nous savourons.

Le mauvais goût publicitaire des méditerranéens le dispute avec un pessimisme slave.

Les portes de maisons, de garages, les arbres sont autant de panneaux d’affichage. Sortes d’ex votos commémorant le décès d’êtres chers parfois disparus depuis des lustres. C’est loufoque et tragique. Mon goût du beau en prend un coup. Mais ce n’est pas le but.

Nous sommes logés dans l’appartement familial de Russki pametnik. Au dernier étage d’une maison plutôt stylée, un bel endroit. Le lieu de vie de Vlady enfant. Il y est né.

J’ai à peine le temps de me détendre. Ai toujours su que je n’étais pas fait l’aventure. Je crois que je suis au max. Trop bien appris. Trop acclimaté à mon bassin parisien chauffé et entretenu. Je sens que je pourrais rester. Il me faut rentrer.

Matin. Six heures. Les bus. L’aéroport. Je n’ai pas de crainte pour l’avion. Même si c’est ma première fois. Suis plutôt enchanté de cela. Regarder les nuages. Les Alpes.

Le plus dur, c’est l’attente, l’enregistrement, les contrôles. Ça stresse.

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