Plunging fragments

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PLUNGING FRAGMENTS [ˈplʌndʒɪŋ ˈfræɡmənts] — loc. n. pl. De l’anglais plunging (« se précipitant, chutant violemment ») et fragments (« morceaux brisés, éléments disjoints »). Êtres, corps ou formes multiples saisis collectivement dans une chute continue, où la dislocation constitue le régime du mouvement descendant et où la rugosité — heurts, aspérités, résistances — exprime la dureté vécue de l’existence. Par extension : toute configuration plastique, visuelle ou conceptuelle dans laquelle une esthétique de la rugosité, comprise comme âpreté de la vie et résistance du réel, devient source d’intensité esthétique et éthique.

Lille, enfin. Je n’y suis quasiment jamais allé. Tout petit, puis c’est tout.

Il faut marcher jusqu’au canal, traverser le pont hydraulique. Désuet. Triste. Attendre le Mongy. Rouge. Sauter dedans, regarder le grand boulevard filer. Passer devant le lieu de travail de ma grand-mère. Le Lloyd Continental. En réalité, vérification faite : pas du tout — les bureaux, certes impressionnants, sont à Roubaix.

Après le Croisé Laroche, les deux lignes de tramway, celle de Tourcoing et l’autre de Roubaix, se rejoignent pour aboutir à Lille au pied de la chambre de commerce.

De là, nous longeons des façades à la flamande. Traversons la Cour Napoléon. La brique sale y figure le passage du temps. Carré intérieur. Je jurerais y voir la statue de l’empereur. Déboulonnée cinq ans plus tôt. Je l’y ai admirée. Me le rappelle. La Vieille Bourse n’a pas encore été restaurée. Date de construction, quelque chose comme 1622. Vérification faite : 1652. Oups. Décidément. La ville était alors espagnole.

Nous ressortons sur la Grand-Place. Celle de la déesse. Nous nous engouffrons rue Neuve. Tournons rue de Béthune. Toutes deux piétonnes. Populeuses. Nous les remontons.

Jusqu’à ce que le musée… Les Beaux-Arts se dressent devant nous. Place de la République. Le Palais s’ouvre à nous. J’y entre sur les talons de ma grand-mère.

L’Espagne. Et puis la Flandre, mon pays.

Le sol luxueux et lisse suggère un semblant de flottement. Rien ne peut arriver. Le bâtiment est solide. La caissière vend les tickets. Les gardiens vaquent. Les cadres aux murs sont pendus. Je me sens chez moi.

Dans une salle : les Vieilles.

Je dis : « les sorcières ». Laideur à faire peur, que cette toile. Formes femelles parées — à en sombrer dans le comique. Mal foutues, ossues, bossues. L’une édentée. L’autre : une dentition sordide. La violence du rejet me fige. La vision dépasse mon entendement. Pouls rapide. Le contrecoup est rude. Mon aversion est immédiate.

Notre translation, de salle en salle, me prépare à la suite. Plus loin, plus tard, la Chute des damnés me ravit. Dirk Bouts. Je stoppe. Ma chair et mon sang. Jusqu’à la moelle des os. Mes testicules engloutissent le jour, la place, le peintre. La rareté des couleurs. Me voici précipité. Tout pareil que ces pauvres corps, vers le microscopique. Le réel vu de si près.

Ma raison ne peut pas se permettre d’être stable.

La salle est lumineuse. L’après-midi avance. Je parle sans cesse.

Ma grand-mère émet des sons.

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Publié par Barthélémy Lyssanjou

Auteur en cour de finition de son premier ouvrage — Blog balbutiant

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