Hypocimène

Lecture : 2 min.
⧉ { +14, -14, -7, +21, 0, +21, -7 }
HYPOCIMÈNE [i.pɔ.si.mɛn] — n. m. Du grec ὑποκείμενον (hupokeímenon, « ce qui gît dessous », « sujet », « substrat »). Sujet conçu comme fond vivant, matériel et irréductible, demeurant sous les catégories, les discours et les assignations qui prétendent le définir. Par extension : personne se rapportant à elle-même comme à une réalité première, non épuisable par les identifications collectives, et fondant sa liberté sur cette irréductibilité même.

Au fond de notre trou, nous regardons nos abcès puruler.

Le groupe de mes amis nous snobe. Leur portrait-robot n’est pas très original, étant donnée mon ancienne profession. Nous n’avons plus un sou. J’ai eu l’audace de sortir des clous. Pas assez chics pour la fête de l’Huma, pas assez caricatures de pauvres, nous sortons de leurs schémas tout faits. Le vent discursif, je connais. Triste. Implacable. Transformant toute terre riche en lande sèche. Par cœur, je sais cela.

Je n’ignore pas non plus que ces gens-là se foutent de nos chairs comme de leur dernière chemise. Il devient urgent de me débarrasser de ces putains de scories gauchistes que je n’ai pas pris le temps de considérer.

Trop de tissu cicatriciel. Il me faut jouer du bistouri.

Nous venons de quitter Paris. Car un contexte.

Valérien et moi ne serons jamais rien. Rien d’autre que sujets politiques libres. Alors donc, mesdames et messieurs qui avez des idées, gardez-les pour vous !

Comme si avoir des convictions prouvait quoi que ce soit. Peuh. Ok, ça sert à emplir un quotidien creux de plaintes et récriminations. Ça pose son piètre en meilleur que ce qu’il ne se sait. Tout au fond. Ouais.

Les actes ? Où sont les actes ? La chair, quoi…

Tout cela me troue le cul. Et angoisse.

Je n’ai pas d’opinions. Quelques bases solides. Des bases, c’est ça. Simples. Et puis le goût du regarder. Le monde comme il va. Mon âme est de chienne de prairie. À veiller sur les horizons.

Incapable d’attendre. La cata.

Dans un monde que je sais contraint. Suis politique. Par adaptation.

Politique comme un Michel de l’Hospital. De ceux qui, en général, échouent. Sortes de Cassandre. Condamnés avant que de.

Les religions du temps n’ont pas toutes de livre. Pas toutes de dieu(x). Ne leur restent souvent qu’idéologie et tartufferie. C’est le moment de brandir nos attributs sexuels primaires et secondaires et les porter plus hauts qu’eux ne le font de leurs poings.

Valérien et moi, là… sommes au fond du trou.

Quand le 7 janvier 2015 vient nous cueillir. Nous cloue. Devant la télé. Très vite, la vacuité des « Nous sommes Charlie » nous préoccupe. S’ensuit novembre. Le 13. Ce soir-là, nous nous couchons tôt. Notre cité n’a pas de rempart, mais ce n’est que le lendemain…

Je me lève vers cinq heures. Pisse. Fais le café. M’installe au bureau, après avoir ouvert la persienne. Termine d’ouvrir les yeux, déroule mon fil d’actualité.

Mes glandes lacrymales vrillent.

Massacre des innocents. Anonymes. Des figures de nous.

Nous réentrons dans le tragique de l’histoire. Les idées politiques, c’est bon quand les enjeux sont faibles. Merde. Merde et merde. Qui détecte ça ? Les croyants me gavent. Les vérités révélées. Le rapport aux autorités. Tout ça.

Putain ! Je me découvre acontemporain.

Merde, merde et merde !

Accéder aux 441 vignettes de Processus de fabrication d’une éponge



En savoir plus sur RENAISSANCE ATELIER

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Publié par Barthélémy Lyssanjou

Auteur en cour de finition de son premier ouvrage — Blog balbutiant

Laisser un commentaire

En savoir plus sur RENAISSANCE ATELIER

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture