Rawtistry

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RAWTISTRY [ˈrɔːtɪstɹi] — n. f. De l’anglais raw (« brut, cru, non élaboré ») + artistry (« pratique » ou « faculté de création artistique »). Point de contact entre la matière dans sa forme brute — terre, pigment, son, chair, idée — et la part instinctive, animale, pré-réflexive de l’esprit humain. Par extension : processus esthétique cherchant l’accord immédiat entre la physicalité du monde et l’énergie primaire de la conscience, sans médiation technique, doctrinale ni symbolique.

La conception que j’ai de mon travail est empreinte d’une brutesse têtue. Un atavisme personnel, pour ainsi dire. Le goût de la totalité sans échelle aucune, ou bien choisie.

Je me fais des potes dans le genre. De ceux qui filent le coup de pouce salvateur.

Jean Dubuffet et Séraphine de Senlis. Augustin Lesage.

Une certaine gêne m’empêche de ne pas laisser mon instinct de conservation accorder aux œuvres plus de valeur qu’à n’importe quel être humain. Je m’abstiens. Me renie.

Les artistes sont des amis-amants issus de matière, formes et couleurs.

Les prétentions d’absolu de certains publics m’indisposent. Les canons intangibles ne procèdent que de dieu(x) ou des œufs Kinder.

Quelle hybris maladive peut amener qui que ce soit à se substituer à la postérité ?

Je fronce les sourcils. Grommelle.

Prédis à la création un avenir toujours plus composé dans toutes sortes de spiritualités issues de nos particules, leurs lois et instabilités. Excrétions mentales. L’en et le sur mêlés. Et retour à l’expéditeur. Rebelote.

Le domaine de l’hypothèse ne cesse de foisonner : entre théo-, philo- et cosmo-gonies, -logies, -sophies, -phanies et -dicées. Et la mathématique !

Il y a le spectateur — perdant le privilège de sa passivité. Abolissant ce qu’il croit savoir à chaque nez-à-nez avec la moindre production des imaginaires. Rien ne s’achèvant plus sans lui.

La relation se révèle. Inéluctable. Ça peut faire mal. Tant mieux.

Au centre d’une salle ourloupisée, me suis un jour défait du peu d’enseignement collégien et lycéen es arts plastiques. Pas « comme un Donatello au milieu des fauves ». Pas vraiment. Comme un simplet embarqué pour Cythère. Je comprends alors qu’aucun art ne trouve son origine en un savoir-faire. Que mon inaptitude constitue une seule et même opportunité.

Mes tremblements. Mes gnons. Mes dépassements.

Aujourd’hui, je trimballe une jolie collection d’artefacts provenant de l’univers de Dubuffet, ce marchand de vin tardivement converti. Et puis, l’art brut…

Un vouloir-faire, ou comment un homme aux aspirations sans doute aussi nobles que prosaïques, voire inavouables, entre en expression.

Peut-être la seule définition admissible du talent.

Pas essentielle, en somme.

Quant à Séraphine…

Accéder aux 441 vignettes de Processus de fabrication d’une éponge



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