La voisine du troisième cherche un appartement plus grand.
Une année a passé depuis notre arrivée dans l’immeuble. Les déménagements stimulant la production d’adrénaline et d’endorphines, ma nature addictive n’y résiste pas. Besoin d’un shoot.
Par effet de cette logique, quitter le premier étage pour nous installer sous les toits m’apparaît être un projet valable. Vlady propose alors un échange de bons procédés. D’appartements. Notre trois pièces ne nous manquera pas. L’accès à la lumière ne constituera pas un gain négligeable. La décision est prise.
Là-haut, l’unique fenêtre sur la rue ouvre sur le bouge d’un vieil homme obèse et sale. Et nu. Des carrés découpés à trois endroits du plafond, dans la cuisine, la chambre et la salle de bains, font varier les monochromes. Parfois fendus par le passage d’un oiseau. D’un avion. D’un chat. Ou d’un nuage.
Surtout, nous élever revient à interposer quelques mètres de plus entre les dealers saint-martinois du bas et notre aspiration au calme. Le vieux centre-ville forme un dédale de boyaux et alvéoles intérieures qui captent et répercutent les bruits de voix et de vaisselle, les heurts et la musique, les soirées, la délinquance.
Dysmixité sociale. Privilège de pauvre.
L’évènement, il faut l’admettre, produit autant d’efficacité que d’inefficience. Nos relations se multiplient, se diversifient, tandis que je fais ce que je peux pour ne pas disparaître.
Intense. Vorace. Défoutu.
Mes victoires renvoient tout ce qui, en moi, déraille à une forme d’invisibilité. Fatidique. Obligé. Dommageable. Sans diagnostic. Je regorge de façons de dire. N’en reste pas moins fort démuni.
Je fixe une découpe de ciel. Souris. Soupire.
Notre mansarde nous plaît.
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