Les-parents s’absentent. Printemps 81. Me voilà enfant unique confié à sa grand-mère. Je crois que Ketty est déjà morte. Sa petite bâtarde. Le quotidien acquiert une aura plötzlich normale.
Je découvre le goûter après l’école. Puis exercices et leçons sur chaise cannée devant la table de salle à manger. Toile cirée fleurie de bleu. Assortie au papier peint. Écho aux fleurs fraîches en vase en divers endroits de la pièce. Quand j’ai terminé, on allume la télé.
Ça commence avec Tintin sur FR3 ; puis les Jeux de vingt heures. Un film quand il n’y a pas classe le lendemain.
Que dire de tant de banalité ?
Ma grand-mère est une vieille dame de cinquante-deux ans qui ne cesse de rappeler qu’elle n’en a sans doute plus pour très longtemps. Ce qui, effectivement, se réalisera quarante ans plus tard. Pour le moment, elle s’efforce de démontrer qu’elle n’en a tout de même pas l’esprit.
Son enfance à Houilles et l’ensemble de son ancienne vie en région parisienne lui font détester le Nord. Cela aussi, elle le ressasse. Avec emphase et mauvaise foi. Elle aime se plaindre. 1 mètre 53 de modernité peu excessive.
Nous faisons les courses à pied avec le cabas en cuir. Je choisis des aliments que j’aime. Quelques friandises. Ses petits plats sont d’une cuisinière qui ne le devient ni par talent ni par goût. Purée de pommes de terre avec du jambon mixé. Sa hantise de me voir m’étouffer fait qu’elle coupe ma viande. Avant le coucher, je grimpe dans la baignoire sabot. Eau de Cologne et odeur de laque. Les tiroirs regorgent de bigoudis. Puis je me glisse sous des draps lisses et frais.
J’y dors à poings fermés.
L’expérience paraît ne pas devoir prendre fin. À neuf ans, les semaines comptent. Et pas grand-chose, c’est beaucoup.
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