Moustier

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MOUSTIER [mus.tje] — n. m. Du vieux français moustier (« monastère, église »). Lieu de retrait, séparé du monde commun, où l’existence se règle selon une fidélité à ce qui la fonde. Par extension : vie intérieure engendrée par une présence non humaine — livre, maison, mémoire.

À la manière d’un enfant unique, que suis — sans l’être, j’ai la faculté de n’avoir besoin de personne. De facto. Je me débrouille. Fait d’aînesse, si l’on peut dire. Tout con.

Jusqu’au jour où ce premier compagnon de sexe masculin… si, si…

Chez ma grand-mère maternelle, que je surnomme du nom de sa chienne. Un week-end que je passe là. Comme parfois. Sa maison, au numéro 47 de la rue de l’Espierre, à deux pas du canal, en brique ocre, se distingue par une apparence récente. Rien que l’ocre sonne dissonant. Elle appartient à un ensemble de maisons toutes identiques sur quelques dizaines de mètres. Ne s’écarte pour autant pas du standard des maisons du Nord : étroitesse à deux étages.

Le rez-de-chaussée se limite à une entrée ornée de plantes soigneusement entretenues, que j’aime arroser au moyen d’un pulvérisateur en métal rutilant, doré virant vers le rosé, ainsi qu’à un garage spacieux, sans voiture. Son basement est inégal, en terre battue, recouvert de linoléum orange et marron troué par endroits. La pièce embaume la lessive en poudre. Cordes tendues en travers, souvent apesanties par du linge tout juste lavé.

La brique noircie, derrière de vieilles étagères, participe à l’atmosphère. Et puis les toiles d’araignées. Des vélos qui ne servent pas. Les outils de jardinage. La tondeuse mécanique.

Un recoin à la droite du garage, au revers des marches de bois verni de l’escalier menant à l’étage des pièces diurnes, abrite des cartons. J’ai dû souvent demander. J’obtiens le droit de fouiller. Avec, tout de même, la recommandation de ne pas me salir. Les boîtes empoussiérées débordent de livres sans valeur. Une vague odeur de moisi capte l’attention. La texture humide des vieux ouvrages me rend précautionneux. Je fourmille.

Sans rien soupçonner, je suis déjà acquis au Livre.

La Bible ne me sera jamais sacrée, parce que dieu(x) — mais par le culte que je voue aux temps… et aux Hommes. Les pierres. Les traces. Cette anfractuosité de débarras noue plus fort encore les liens qui me situent pile à la rencontre d’un long passé et d’un présent jamais accessible. Je ne vois que ça.

Je pourrais tout bien analyser. Ça ne garantirait rien de plus que mon intuition. Je me fie pas mal à mes boyaux. Ils pensent souvent juste.

Parmi les trouvailles, je retiens un manuel à la tranche endommagée, dont la pellicule plastique de la couverture s’est rabougrie au point de partir en petits morceaux solides mais friables. La couverture illustre un épisode napoléonien. Il est écrit Histoire de France, cours moyen 1.

J’ai l’autorisation d’emporter ce petit trésor.

Il sera un conjoint de quelques années. Jusqu’à ma grande débâcle, dont je ne parviendrai à sauver que quelques reliefs. Lui n’en fera pas partie. Sera perdu à jamais. Avec Babar.

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Publié par Barthélémy Lyssanjou

Auteur en cour de finition de son premier ouvrage — Blog balbutiant

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