Dysutopie

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DYSUTOPIE [dis.y.tɔ.pi] — n. f. Du grec δυσ- (dus-, « mauvais, difficile, trouble ») et οὐτοπία (outopía, « lieu qui n’existe pas »), par croisement avec dystopie et utopie. Univers imaginaire où ce qui devrait relever de l’horreur, de l’excès ou du dérèglement constitue un espace d’intelligence, de désir et d’intensification esthétique. Par extension : univers mental en formation perpétuelle, abolissant toute morale afin de laisser vivre le monde tel qu’il va réellement.

Mes treize ans sont l’année de la découverte littéraire, philosophique et pornographique de toute ma bénie de life. Le Marquis de Sade. Justine. Dieu(x) que cela allie illico en mon âme tissée d’hormones et sécrétions tant et tant de ce que j’attends d’ores et déjà de tout processus artistique. Le flux. Le nœud. Le style. Et la secousse.

J’admire cette écriture. Qu’elle soit de ce siècle que j’affectionne tant. Et qu’elle n’en soit pas.

À aucun moment, je ne me retrouve dérangé par l’excès d’excès. Bien au contraire. Ok, sur la plage, je lis cela et je demeure sur le ventre. Pour que seul le sable sache. Mais là n’est pas le sens de ma dévoration. Je lis Sade comme je le ferais d’une dystopie utopique.

Libertin.

Mes contemporains m’apparaissent si petits.

Il faudra un jour que je relise aussi Gautier. Il compte. Après Fracasse et Le Roman de la momie, j’en viens à Mademoiselle Maupin. Dire que l’on fait écrire à des écrivants de la litté adaptée à l’adolescence. Fadaises que ce réflexe de déchéanceurs d’intellect. Que peut-on espérer pour nos avenirs si l’on traite les jeunes gens en marmots ?

Le beau Théodore troublant d’Albert. Ah, oui. Et je crois à son arrivée en la propriété : cette description de la bâtisse où se jouera la nuit dont quelques perles et un parfum ne seront bientôt que le seul souvenir. Désir d’égarement.

À interdire aux petits réacs de LGBT. Sûr de sûr. Ils souilleraient. Je dis safe space : protégez-moi de ces raclures. De leur ras du zob. De ce qui relève de la goujaterie des inspecteurs matinaux de nos housses de drap.

Mes contemporains m’apparaissent si ridiculement prétentieux.

J’enchaîne les lectures. Surtout l’été où il me faut ne pas voir les-parents. Le camping-car est exigu. Me suis déchiré les poches pour me palucher en douce à tout instant.

Ma vie de mec est celle d’un rêveur, comme ils disent. Ils ne connaissent rien aux rêves.

Ces contemporains-là sont archétypes.

La Dame de Montsoreau a précédé Bragelonne. Moi, je veux être Louise de La Vallière. Parce qu’elle est douce. Parce qu’elle boîte. Parce qu’elle entre aux Carmes.

Mais Dargelos m’obsède aussi. Et ce temple du trouble dont s’entourent Paul, Elisabeth. L’écharpe. Oh. Je conçois quelque chose de mon propre univers comme ça.

La boule de neige.

Je trouve déjà que la litté nous laisse moins intact quand elle date moins. Un jour, je réaliserai que cela vient de ce que la postérité œuvre avec une infinie lenteur. Oh, grâce à dieu(x), elle se trompe aussi. Et nous pouvons revenir sur ses pas. La corriger. Mais ok. Elle bosse pas mal.

Je suis Marguerite Gautier. Je suis les enfants pulmonaires du Lys dans la vallée.

Ou Margot recueillant la tête de la Môle.

Je suis ce peintre qui pour peindre doit figer la forme du modèle — et le tue. Et se tue. Et non. Ah non. Pas. Mais l’angoisse de. Je comprends.

Mon adolescence est un parnasse orgiaque. Une touze en cercle de craie littéraire.

Je ne sais hélas pas que mes contemporains me décevront toujours.

Alors que j’écris ces lignes depuis mon ventre d’alors, j’y sens la violence d’une furie jamais exhalée, parce que pas la rencontre. Car je n’ai jamais été fichu de.

C’est de ma faute. Trop naïf.

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