Mars 1993. Dans la salle de jeu de l’école contiguë à la maison, des gens et des isoloirs. Le bureau de vote se situe littéralement à ma porte. La sortie du logement de fonction des-parents donne dedans.
J’ai les entrailles qui partent en quenouille.
Je dois commencer par me distinguer pour me rendre aux urnes, alors que je n’aspire en ce genre de situations qu’à passer inaperçu. Je me décide tardivement. J’aime avoir le choix ; là je ne l’ai pas. Je finis par oser. Les-parents ont voté dans la matinée. PCF ou LCR ou. Ok.
Les années Mitterrand touchent à leur fin. Crépuscule. Rien d’avenant pour un jeune homme.
La carte d’électeur en main. Mon identité avec. Je traverse la salle en sens inverse de ce que font les autres. Tremblant, je saisis les papiers. Un isoloir, ça permet aussi de prendre son temps. Oh, je n’ai pas à réfléchir. Ne suis pas du genre à me décider au dernier moment. J’ai besoin de solitude. Reprendre ma respiration en main. Récapituler les gestes.
Je récapitule beaucoup dans la vie. Il m’arrive de combler les accès de stress par un décompte mental. Les chiffres apaisent. À l’instant où je glisse le bulletin dans la petite enveloppe bleu électrique, je fais peut-être ça. Je me lance. Écarte le rideau et me dirige vers la tablée où comme au self on succède au précédent par étapes.
Je présente mes cartes. Pose le vote sur la fente. Ça s’ouvre et tombe. A voté.
Je souris. Tourne les talons et rentre.
Je ne réintègre pas ma chambre tout de suite.
Mon esprit démocrate doit s’éprouver. Autant pénétrer un lieu public et peuplé est difficile à surmonter non plus que l’angoisse ne me fasse honte, autant là je ne me veux pas veule.
La maison n’est pas libérale. Moi, si. Même si, alors, je n’ai pas vraiment eu le temps de me dépouiller de la couche crasseuse des apprentissages politiques familiaux et scolaires. Je crois encore des tas d’âneries si sempiternelles que pas aisées à ébranler.
Je remets tant et tant d’idées préconçues en cause que je ne me rends aucun compte de la masse de ce qui demeure inquestionné. Les-parents si friands du terme de propagande sont pétris de slogans. Je m’oppose. Jamais assez. Ni assez vite.
Ma voix est allée à la droite. Je le pose comme évidence. Acte politique de peu d’envergure, mais parfaitement pesé. Mon goût pour Adenauer précède celui d’un De Gaulle que je ne découvrirai que bien après. Je ne suis pas de droite. Il est essentiel d’être politique autrement.
Mater le contexte. Plus que mon nombril.
Suis fluent.
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