Le 12 juillet 1998, nous sommes sur une plage. Toreilles. Avec Anthony. Seb. Quelques jours d’un long week-end en leur compagnie. La finale du Mondial me laisse indifférent. Je ne connais pas les règles. Mais j’aime la fête.
Suis tout à fait incapable de sortir quoi que ce soit de moi. Même si je le voulais. Crier. Je ne fais pas. Sauter en hurlant, n’en parlons pas. Mes modes d’expression sont plus souvent chuchotants. Au mieux, doux. Je m’efface devant les autres. On m’oublie souvent. Si je force, ça devient bizarre. Je fais avec et en souffre parfois.
Suis un audacieux silencieux.
Mes domaines de compétences n’étant pas des plus exposables, je m’expose peu. Le vis comme une discrimination globale. Pas une âme pour s’en étonner.
Le match se passe. Les gens communient. Je me sens gentil mouton noir. L’air marin me fait du bien. J’observe la foule. Suis mêlé. Mais hors d’elle. D’autres, je m’en rends compte, font semblant. S’enthousiasment par osmose. Je vois la feinte. L’assistance s’en fiche. Me demande si les surjoueurs sont heureux. Peut-être que je devrais entrer dans un rôle. Suis pas comme ça.
Le regrette un peu. Crains d’apparaître ennuyeux. Mes excès sont pires. Mais.
À vingt-six ans, mon cul est constamment entre deux chaises.
Me pèse sur les épaules le non-commun de l’enfance, de l’adolescence. Dont j’ai fait un truc de pas commun. J’essaie d’attirer l’attention sur mon cours de vie. Tel qu’il se présente. La vie de couple m’est par trop ordinaire. Mes écrits ne sont lus par personne. Je m’entoure sans tri. Et n’ai pas de milieu. Pas de bocal à moi avec des semblables.
Oh, pas que cela me paraisse dramatique. Non. Je me sens très seul.
Ça a l’avantage de faire monter en moi des auto-évaluations narcissiques non contrebalancées : se sentir à ce point différent peut s’avérer bon pour l’ego. Suis intense. Soit sorte d’élu. Soit espèce de déjection de fion galeux. Alors. Soit.
Et un. Et deux. Et trois zéro.
Nous entrons en boîte. La musique, et de l’alcool. Une jeune femme, alors que je danse, s’approche et me dit :
— Souris !
Souvent, on me dira que j’ai l’air triste. Dans des moments où je ne me sens pas triste.
Souvent.
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