J’en suis encore aux rencontres par réseau téléphonique. Depuis la cabine de Corentin Celton. Ou les bordels du Marais et alentour. Depuis qu’Henri-Pierre m’y a conduit, je suis un habitué du Dépôt. J’y découvre que les pédés sont loin d’être aussi drôles que ce que j’imaginais.
Je mentirais si je prétendais qu’ils ne sont pas plus faciles à baiser qu’une meuf. Sans en passer par une série de petits et gros mensonges. Mais ils sont tout de même gavés de critères et d’exigences d’une bêtise sans borne. Beaucoup sont pas mal monomaniaques. Ils ne t’acceptent que si tu fais plus de 1 mètre 72 pour 72 kilos, imberbe ou épilé, pas trop vieux, que sais-je encore. Si tu ne rentres pas dans la case, ils ne rentrent pas dedans.
Les passives sont plus faciles. Peut-être parce qu’on n’est jamais vraiment tout à fait bête de sexe si l’on n’est pas d’abord une belle salope ? Mais il y a là une simple loi de marché. Les qui cherchent à se faire piner sont légion. Les purs étalons sont plus rares. Du coup, ceux-ci font leurs difficiles. Et les chaudasses sont pathétiques. Alors, bien sûr, celles-ci possèdent aussi une liste de caractéristiques qu’elles voudraient voir leur assaillant présenter. Mais plus la nuit avance, plus elles font d’entorses à leurs prétentions.
En gros, les moches et les vieux ont intérêt à être noctambules. L’After est à eux.
Moi, je prends à peu près tout le monde, dès la fin de matinée, le début de l’après-midi ou de la soirée, en fonction de mon heure d’arrivée. Se faire repérer comme la chiennasse à dispo peut générer un attroupement prometteur. Aussi suis-je de celles qui ne ferment jamais les portes. Bien que trop de mecs aient cette maladie que de vouloir tout clore pour posséder seuls la femelle. Bon.
Ma période lilloise avait déjà été pas mal riche en partenaires. Paris est profusionnel. Je passe rarement une journée sans au moins un plan. Et dans les backrooms, suis genre tayloriste du braquemart. C’est ainsi que je suis bien. Corne d’abondance de phallus turgescents.
Avec capote.
Ce soir, je me suis postée dans une cabine avec sling. À poil, ne conservant que mes pompes et mon flacon de poppers, suis suspendu pattes en l’air, le trou du cul tourné vers la porte. Je sais que le plus long est de voir entrer le premier.
Et en effet, dès que celui-ci se hasarde, et, constatant mon abandon, se débraguette venant se caler entre la paroi et ma bouche, un second suit et opère de la même manière mais pour me sodomiser direct. En quelques minutes, je me trouve dans la fonction la plus valorisante qui soit pour une fille de si petite vertu que moi : cernée de mecs qui se partagent mes deux orifices — j’en voudrais tellement plus — et mes mains. Ils négocient leurs tours. Me manipulent la tête de droite ou de gauche. Me chopent une main au passage afin que j’astique.
Ne manque qu’une cam.
Cela dure un moment. Et moi, je sniffe. Je sniffe. Sniffe et sniffe. Ai tant de nitrite d’amyle, d’isopropyle, d’isobutyle ou de pentyle — Jungle Juice, quoi au fond des fosses que, le mouvement de balançoire de mon support aidant, je constate que non seulement la terre est ronde mais surtout qu’elle tourne vachement plus vite que d’habitude.
Je manque de m’évanouir.
Les porteurs de queues s’envolent en trois secondes, vieux pigeons miteux effrayés. Seul un jeune mec s’occupe de moi, m’aide à descendre. Me parle gentiment. Et pendant que je me rhabille, m’apporte un verre d’eau. Puis sort du bordel avec moi.
Il m’emmène chez lui, du côté de la rue des Pyrénées. Nous mangeons. Puis il m’utilise pour son propre plaisir une bonne partie de la soirée. Devenant de plus en plus love. Finissant par dire je t’aime. Me quittant le lendemain au moment de prendre chacun sa rame de métro pour aller au taf. Comme souvent, je débarque dans mon administration auréolé de sexe.
Jamais je ne reverrai cet amant. Qui ne répondra plus au téléphone.
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