Waanzin en zinnelijkheid

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WAANZIN EN ZINNELIJKHEID [vaːn.zɪn ɛn zɪ.nə.lək.ɦɛit] — loc. n. f. Du flamand waanzin (« folie ») et zinnelijkheid (« volupté »). Dérèglement de la conscience décuplant l’obsession sexuelle d’un sujet déjà habité par une sensualité dévorante. Par extension : expérience de la beauté pure et diaphane rencontrée à travers le désordre chimique d’une fête, où le corps, même impuissant, devient un récepteur absolu de l’altérité.

Suis chemsex. Ce pourrait être ça, au fond, ma zorientation sessuelle.

Je monte sur Lille régulièrement pour voir Seb. L’ex d’Apollonien, dont mon refus de rompre cette amitié m’a coûté celle de mon ami d’adolescence. Ce dernier décrétant qu’il fallait choisir. Moi échappant tout à fait à ces sortes de mécaniques relationnelles.

La première fois est très rapide, après mon emparisianement. Un vendredi soir, nous devons sortir en Belgique. Sébastien me prend à part. Me propose une demi-pilule.

X. Ecsta. Bonbon. Éléphant bleu ou rose.

Raisonnablement, une demie convient mieux à un novice es came.

Arrivés à l’H2O, mon ami me sonde. Veut connaître mes impressions.

— Rien. Ça marche pas, ton truc.

Ce n’est que deux morceaux de cachets plus tard qu’il me retrouve perched en pleine piste.

— Trop bien… J’ai l’impression d’être entouré de bites !

Je le fais rire. Dans un recoin de la boîte, un mec et une meuf sur piédestal encadré de tentures nous font un show porno. Nous dansons. Il la saute. Nous planons. L’électro agit.

Ce soir-là, je souris. Je n’ai plus rien que je puisse craindre. Suis amoureux. Un petit mec danse à deux pas de moi. Il me plaît. Forcément. Je lui plais et je le sais. Suis en train de découvrir que je ne suis pas moche. Ni même commun. Mais empli de charme. Je réalise ça. Je le drague.

Nous sortons. Nous couchons. Une semaine plus tard, Lieven me rend visite à Paris. Je l’emmène au Queen. Ceci dit, ça ne vaut pas l’outre-Quiévrain. La capitale française n’est déjà plus vraiment audacieuse. Encore moins underground. Tout y est d’ores et déjà convenu.

Autre semaine : cette fois, je monte dans le Thalys. À Bruxelles, autre train. Terminus Ostende.

Le soir même, mon amant et moi sommes invités à une soirée chez un pote de pote de pote à lui. La maison est spacieuse. Encore très meublée. Gavée de monde. Peut-être deux ou trois cents personnes reparties à travers les pièces et étages.

Très vite, Lieven mène sa vie. Je ne connais personne. M’en moque. Suis drogué. Bien. À quelque mètres de moi, la porte de la demeure en ébullition laisse pénétrer un femme gironde et belle, rousse, les cheveux relevés, fascinante. Je me fais la réflexion qu’elle n’est pas pour moi.

Je danse. Parle à des inconnus. Des inconnus s’adressent à moi. Beaucoup parlent flamand.

Une fraction de seconde. Un mouvement de bassin et puis de tête. Artémise serre son opulente poitrine contre mon torse et ondule. Je me laisse envahir par l’orgueil. Ses rondeurs sont d’une grâce presque inhumaine. Je la désire. Elle est lumineuse. Sa peau diaphane. Un homme se plaque contre mon côté pile. Elle, lui et moi nous embrassons.

D’un coup :

— Tu veux venir chez nous ?

J’opine. Dans la baraque, les vitrines sont désormais à peu près toutes brisées. Les flics sont déjà passés deux fois. Le propriétaire des lieux est ravi. La fête est un succès. Où sont mes affaires ? Je ne sais pas. Où est Lieven ? Je ne le préviens pas. Entre Artémise et son mari, je traverse je ne sais combien de rues de la ville. Suis en sous-pull rose moulant à manches courtes. Nous sommes en novembre. Je n’y prête aucune attention.

Nous parvenons à l’entrée d’un salon de coiffure que nous traversons pour atteindre l’appartement de l’étage du dessus. La chambre. Le lit. Il veut que je la prenne. Elle veut que je le prenne. Je leur désigne mon zizi rikiki flasquounet : l’ecsta. Pas d’érection. Ma langue alors endosse le rôle d’instrument de pénétration. Cyprine. Suis un chaton. Et je kiffe trop.

Mais enrage de ne pouvoir leur faire l’amour. Vraiment.

Je dois repartir. Toujours peu habillé. M’aperçois que le jour est assez avancé pour que les familles fassent leurs commissions. Des rues piétonnes font circuler des silhouettes. Enfin, je retrouve Lieven. L’atmosphère s’est un peu calmée.

Nous rentrons. Il me saute. Le sommeil nous cueille. Je rentre à Paris.

Artémise demande de mes nouvelles à Lieven. Elle aimerait me revoir.

Je ne retournerai plus à Ostende.

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