Il est remarquable que l’on ne se rappelle de nos histoires que partiellement. Pourquoi n’ai-je aucun souvenir ni même un soupçon sur la façon dont je rencontre Ange ?
Peut-être au Dépôt ?
Je sors avec lui un moment. Quelques semaines. Je me ruine pour le suivre dans sa noctambulie acharnée. Ok, je me ruinais aussi auparavant. Ne changerai pas cet us après. j’en suis à faire des prêts onéreux pour rembourser d’autres qui n’étaient qu’à peine moins onéreux. La vie, ça doit coûter. Non ?
Ange me présente à ses amis. Une d’entre eux m’adopte. Elle place des chanmé à tout bout de phrase. Plus aucun bar du Marais n’a de secret pour nous. Moi, suis discret. Présent. Participant. Mais réservé. J’étudie. La façon dont les pédales sont en ces lieux toujours les meilleures amies au monde et les pires connasses quand tu vas aux chiottes ou en tout autre ailleurs. Cela me rend chafouin. Je joue le jeu, sauf que je sais que je ne mens jamais sur mes sympathies. Au pire, j’ignore.
Ange est une sorte de poisson-papillon de la rue des Lombards. Travaillant au Chant des Voyelles, passant sa vie au Sly. Connaissant tout ce petit monde. Je n’y suis ni très à l’aise ni mal. J’adore cette convivialité. En déplore la facticité. Suffirait que tous soient un tant soit peu sincères. Même une fois sobre. Beaucoup moins claniques aussi. Et j’aurais là mon Paradis.
Pourquoi faut-il migrer d’un lieu à l’autre si tu kiffes les ourses velues ou les minets salopes ? Si t’es goudou mâle ou goudou femelle ? Oh, et puis cette phobie de l’hétéro ! Cette phobie des femmes quand ils sont du genre à fricoter en péniens ?
Un soir où je me repose appuyé à un mur de mes backrooms favorites, interdites aux femmes, j’aperçois deux lesbiennes bien chaudasses, qui se roulent des pelles avec une fougue fort plaisante. Suis satisfait de cette vue. Peut-être même un peu excité. Je ne fantasme pas sur les femmes ensemble. Mais la passion. Amoureuse. Ou purement sexe. Las, une nuée de folles offusquées se choque, court prévenir le responsable du lieu. Dehors les gouines !
Je pleure en mon for.
Mon rêve de backrooms universelles ouvertes à toutes et tous, je le vivrai avec les asticots qui me boufferont un jour au fin fond d’une fosse que je veux commune. Commune, cela dit non communautaire, hein !
Ange est ce genre de néogay, un peu plus jeune que moi, qui, déjà, se trouve en incapacité de penser sa vie en dehors des slogans en formation de la LGBTologie : on ne choisit pas d’en être, c’est son identité, c’est sa communauté, il n’est qu’une pauvre petite chose discriminée, et tout ce bazar. Du marketing, quoi. Merci le SNEG, j’ai envie de dire.
Bref. Ces gensses veulent s’autodéterminer selon des critères forgés par d’autres sous forme d’essence, de nature ou d’innéité, voire de génétique. Le résultat, c’est du Procuste. Ça égalise au taille-haie tout ce qui dépasse.
Je suis égalisé. Donc je résiste. Donc ça ne va pas.
— Si tu veux t’intégrer, il faut faire des efforts, me dit Ange, alors que nous sommes attablés à la terrasse de la pizzeria de la placette adjacente aux Lombard.
D’accord, ceci dit : je me fiche d’être intégré. Si tu ne m’inclus pas, ce n’est pas mon problème, mon chéri. Je me plais en ta compagnie. Suis aussi particulièrement droit et têtu.
I become what I become. And so on.
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