Alphéïtéralité

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ALPHÉÏTÉRALITÉ [al.fe.i.te.ʁa.li.te] — n. f. Du grec alpha (figure dominante au sein d’un groupe). Position latérale au sein d’un groupe, caractérisée par un mélange d’indépendance et de proximité avec la figure centrale dans un lien d’égalité. Par extension : relation où l’intensité naît de la proximité sans rivalité ni volonté de pouvoir.

Septembre 1988. J’entre en première S. En un cours, me trouve assis à côté d’un grand gars. Le cheveux sculpté au gel. Ne portant aucun parfum. Vêtu sans style ni absence de style. Arnaud.

Prénoms en A.

Il habite une toute petite rue. Il aime sa mère à la folie.

Il est le plus adorable des gars que je connaîtrai jamais. En plus d’être beau comme un dieu. Pas policé. Ni sauvage. Il me parle de supraconduction. Il me fait voir des classiques du cinéma populaire des années 80. Il ne se masturbe pas. Ça ne l’intéresse pas. Il fera médecine et réussira. Bien que d’abord disqualifié par un système scolaire défaillant. Puis refaillant, si j’ose inventer un tel mot débile.

Assis près de moi. Puis nous nous retrouvons sur nos parcours. Puis nous donnons rendez-vous. Puis savourons de discuter. Il est simple et complexe. Il est sublime mais le gâche presque par un défaut de manières qui fait pour finir tout son charme. Il est bruyant. Quand il rit. Il est une perle qui tombe les filles, sans le vouloir. Il les sort toutes. N’a rien du mec mec qui les tombe. Sa seule présence désarme.

Il m’a. Mais n’en fera jamais rien.

Suis tellement peu homo que j’imagine que tout mec peut m’aimer.

Moi, je connais l’amour. Ça oui. Le sexe, bon, ben ce n’est un mystère pour personne. Mais sinon, tous les machins normaux, c’est du chinois pour moi. Me suis élevé envers et contre tout dans une bibliothèque. Ne dispose d’aucune règle de base. Suis d’office libre.

Sauf de l’enfermement des autres. De quasi tous. Mon désarroi est abyssal.

Toutes ces notions, ces théories, ces idées préconçues, ça me scotche. M’aliène aux aliénations d’autrui. Mon drame se résume peut-être essentiellement à cela.

Tant que tous ne seront pas libertins, je ne pourrais être moi-même libre.

Arnaud prend la place de celui qui me fait rêvasser le soir.

Ok, il sortira avec Anne-Sophie. Et moi, je suis et serai pendant de longues années raide dingue de cette fille. Mais ne suis guère du genre à jouer au propriétaire. Pas un instant, j’ai mal de voir leur liaison. Juste que, dans un monde normal, j’aurais pu être l’amant de ce couple.

Rien de plus affreux que l’invention lexicale du polyamour. Je connais et pratique depuis toujours. N’ai jamais été monomaniaque de quoi que ce soit. Être marié à Vlady ne m’empêche pas d’aimer Thibault. Être fou de l’une et de l’autre ne m’indique pas de détester qu’ils se découvrent des attirances. Ils peuvent tous s’aimer. J’ai simplement du mal à croire à la fidélité.

Non, ce n’est même pas cela. Pas histoire de croyance. L’idée ne me paraît pas très scientifique.

Que nous soyons mâles ou femelles, pourquoi cultiver son narcisse au point d’exiger de l’autre qu’il n’ait plus ni cœur ni sexe. Ni rien.

Arnaud adore Toto. Nous écoutons des disques. Il a des goûts qui complètent.

Il a déjà un ami d’enfance. Même là, je sais que je serais derrière dans la meute. Mais il n’a aucune conscience d’en être le chef. Et moi, j’aime les meutes. Et moi, j’aime les alphas qui se branlent de devenir des omégas.

Mais suis carrément accro à la fragrance de ses aisselles. Jamais dissimulée.

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