Sensitivity comic pre-death sentence

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SENSITIVITY COMIC PRE-DEATH SENTENCE [sɛn.sɪˈtɪv.ə.ti ˈkɒm.ɪk priː dɛθ ˈsɛn.təns] — loc. n. f. De l’anglais sensitivity (« sensibilité »), comic (« comique »), pre-death (« pré-mort ») et sentence (« phrase », « condamnation »). Caractéristique réelle ou supposée d’un sujet simultanément diagnostiquée, tournée en dérision et transformée en jugement. Par extension : expérience inaugurale où le regard d’autrui impose une définition de soi ressentie comme une réduction, sans que le sujet dispose des moyens de la contester.

Je n’ai pas d’âge. Pas la chrono rétroajustable. Pas avec la précision nécessaire, ni même suffisante. En cette fin de matinée, à douze heures près, je saisis le fait d’avoir été prototype. Modélisation. Probation. De quoi ? Comme un mélange de pas de bol et d’une sorte de particularité pas inutile.

Un fils aîné présente les caractéristiques de l’enfant unique.

Je suis projet. Bien qu’il semble que l’on craigne que je ne dissimule quelques vices. L’épisode mémoriel débute en son plein milieu, car je pleure. Suis assis devant le bureau de ma chambre. Le pourquoi ou le comment ne présentent pas d’intérêt. J’ai seulement fondu en larmes. Hoquet. Salive. Monde effondré. Fin.

La fenêtre couvre la moitié supérieure du mur le plus long de ma chambre, baignée de soleil. Il fait donc beau. Lumière aussi narquoise que violente. Me sens réduction sur ma chaise. D’ores et déjà aussi laid que la journée resplendit. Les-parents postés derrière. En surplomb.

Un de chaque côté. Ils sont venus pour la dissection.

Le sérieux d’abord : constat de la très probable défectuosité de la progéniture. Ça commente au-dessus de ma tête. Alourdie par la pesanteur des mots, je plie. Le diagnostic se profile mal. Cela passe d’une bouche à l’autre, avant de rebondir sur les parois et parvenir à mes oreilles, amplifié par la résonance d’une commisération poisseuse.

— Il est sen-si-ble !

Puisque les-parents sont instituteurs, leur enfant s’imagine qu’ils sont experts.

Tout en ce foyer est théorie.

Sensible revient à n’être qu’une chose informe, plus affreuse que les montres molles de Salvador Dalí. Comment faire pour ne pas l’être ? L’éclat du jour accorde du relief à ma chevelure, or moi je me ressens résorbé. Aspiré de l’intérieur. Vidé et dense. Triste à en baver.

Pour la toute première fois, je me déteste. Pourquoi faut-il que je pleure ?

Le rire ensuite : eux rient. Plaisantent. S’amusent. Plus je manque de souffle, plus les-parents glanent de matière à me renvoyer dans la tronche. Ma propre bave. Et morve. Mon dégoût.

De moi.

Selon eux, il n’y a aucune raison de se mettre dans un tel état. Selon eux. Hilares.

Le papier peint très années 70 par la démesure de ses motifs, les fleurs en camaïeu de bleus, aux larges pétales réguliers et doux, tout cela se rétracte. Tout rapetisse. Je n’ai désormais rien à envier à la Chloé de Vian. Me tasse. Me ratatine. Sur ma chaise.

Ne parviens pas à décéder.

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Publié par Barthélémy Lyssanjou

Auteur en cour de finition de son premier ouvrage — Blog balbutiant

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