Collapsoformé

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COLLAPSOFORMÉ [kɔ.lap.so.fɔʁ.me] — adj. Du latin collapsus (« effondré ») et formare (« donner forme »). Qualifie ce qui, dans la manière d’apparaître, porte l’empreinte structurelle d’une catastrophe vécue. Par extension : désigne un sujet réduit au résultat d’une expérience destructrice.

« Les femmes ne harcèlent pas. »

Trois jours entiers à me gerber tout entier. Le petit garçon pour lequel j’ai tenté vainement de m’interposer. Seul. Ne me pardonne pas l’échec. Membre après membre, organe après organe, je pourris. Désir d’auto-décès.

Le monde des-parents l’emporte.

« Les femmes ne harcèlent pas. »

Et moi, enfant démoli par une femme, je suis donc une merde molle.

Seule issue — auto-tabassage en règle. Je me fracasse sur le crâne ce que je trouve de contondant. Je frappe mon mari qui tente de me venir en aide. J’obtiens mon sang. Leto veut fuir. Je me sens lâche de n’oser m’ouvrir en deux le bide. Dérouler mes intestins. Les piétiner.

Je ne veux pas mourir. J’ai peur. Me méprise. N’ai pas de mots.

Désire qu’une pointe rouillée surgisse d’un mur, histoire de m’y embrocher le cerveau par le milieu du front ou, mieux, l’arrière du crâne. Ma vie vaut ma parole ; ma parole mon corps ; mon corps n’est pas aux normes. Ma chair devrait inêtre. Scrutée, si criminelle — abolie, si innocente.

Saletés de bonnes femmes, mais tuez-les donc tous, les mecs. Puisque vous êtes vous-mêmes tombées si bas. Je vous estimais. C’est du passé. Faites-moi crever sec. Now. Je ne veux plus vivre avec vous. Puisque cela vous tient tant à cœur : ok, nous ne sommes pas égaux. Je vous hais autant que moi-même. Je me torche avec votre féminisme.

Vous ne harcelez pas ?

Il fut un temps où je croyais au progrès.

Déshumanité. J’implose. Mes cellules n’en forment plus qu’une, dont l’amenuisement inéluctable accroît la densité. Toupie mentale. Le sang coule.

Je ne sors plus. Sur les réseaux, je tente de toucher le cœur de ceux qui prétendent en avoir un plus gros. Touche pas à ma gauche, qu’ils rétorquent.

Je ravale mon vomi. Mais la rue s’en mêle. Les dealers. Viennent les insultes et menaces.

C’est le bouquet. Nous déménageons. En cata.

Rue des cuirs. Un deux pièces ne payant pas de mine. Mais au numéro 1. La baie du séjour donne sur la place de la ganterie. On y accède par des porches profonds ou par quelques ruelles aux allures de culs-de-sac. Rares sont les badauds. Plus le moindre squatteur. Si un drôle de personnage s’y attarde, par réflexe, je m’inquiète. L’endroit est envahi de chats.

Ils veillent.

Par-dessus les toits d’en face, un point culminant de la Pouncho affleure. Et les parapentes, quand les vents sont favorables. Le beffroi.

Le clocher de Saint-Martin avec sa croix perchée. Celle du temple. Un peu plus loin. Sur la gauche, une lointaine habitation exhibe ses épis de faîtage. Une troisième croix.

Elles veillent.

Leto. Bout de Chou, Charlotte et Bang. Mon époux. Une placette. Des signes. Bon.

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